
Ahmed, patron de l’hôtel Mozart: «Aider les démunis n’a pas de prix»
Posted on janvier 27th, 2010 par Redaction - Vlam, Bruxelles
La générosité est ancrée dans le patrimoine génétique d’Ahmed Ben Abderrahman, élu Bruxellois de l’année, dans la catégorie sociale. Animé d’une foi profonde, il accueille dans son hôtel les sans-abri pour leur offrir un peu de réconfort.18h. A deux pas de la Grand’Place, la rue Marché aux Fromages, d’ordinaire si agitée avec les vendeurs de pitas, est quasi déserte. Seuls quelques touristes, qui semblent un peu perdus, bravent le froid polaire. Lorsqu’on pénètre dans l’hôtel Mozart, le changement est radical. Décoré de manière très originale en mariant le style français classique aux motifs orientaux, l’établissement trois étoiles dégage une chaleur reposante. A la réception, le patron Ahmed Ben Abderrahman campe, souriant, devant un portrait immense de son compositeur préféré. «Je joue moi-même du piano. La musique est ma passion». Originaire du Maroc, il a fait le tour du monde avant de s’établir définitivement en Belgique dans les années 70. «Depuis lors, je travaille à la rue des Pitas. J’ai commencé par un resto. Puis, il y a 16 ans, j’ai racheté cet hôtel. J’ai bossé dur pour y parvenir».
30 à 70 SDF par nuitLa saison hivernale est plutôt creuse pour le tourisme bruxellois. Pourtant, l’hôtel Mozart ne désemplit pas, mais d’une clientèle un peu particulière… Au compte-goutte, des SDF débarquent à la réception et demandent au patron s’il peut les héberger ce soir. Sans leur demander de l’argent ou même une pièce d’identité, Ahmed tend la clé d’une chambre à ses «clients» qui se confondent en remerciements. «Cela fait 16 ans que j’accueille des sans-abri», explique l’hôtelier. «Depuis l’an dernier, je fais cela de manière plus régulière et systématique. Tout a commencé alors que je regardais les infos à la télé avec mon fils Younes, lorsqu’on a appris qu’un sans-abri était mort de froid. Mon fils m’a dit: «Papa, il faut que tu fasses quelque chose». Dès le lendemain, je me suis rendu à la gare du Midi pour proposer aux SDF de loger à l’hôtel. Il y a de place: de mi-décembre à mi-février, c’est une période creuse. De toute façon, le personnel est sur place et les charges sont stables. C’est triste de voir des chambres vides alors que des gens dorment dehors. Pourquoi ne pas faire profiter des malheureux?». Le bouche-à-oreille a fait le reste. Aujourd’hui, ce sont les sans-abri, eux-mêmes, qui viennent demander un hébergement. Selon les nuits, 30 à 70 personnes logent gratuitement dans son hôtel. Certains restent quelques jours. D’autres séjournent plusieurs mois. «Je leur offre également à manger le matin et le soir», poursuit Ahmed Ben Abderrahman. «Je ne raconte pas cela pour me vanter, mais pour que d’autres personnes prennent exemple. Je crois que la générosité existe chez beaucoup de gens et ne demande qu’à s’exprimer, mais souvent, ils ne savent pas comment agir. Même le Roi ouvre les portes de sa maison!». La cohabitation des touristes et des sans abri ne posent aucun problème. «Pourquoi cela devrait les gêner?», s’interroge l’hôtelier. «Après avoir pris un bon bain, ils sont propres et ne dérangent personne. Ils se comportent très bien. La seule condition pour rester à l’hôtel est de ne pas boire d’alcool. Au bout de quelques semaines, ils sont métamorphosés. Leur visage retrouve des couleurs. Ils se refont une santé. Je leur parle, leur donne parfois des conseils sans jamais les juger». Paradis sous les pieds des mèresParmi ces SDF, il y a des mamans avec des enfants. «C’est sans doute ce qui me bouleverse le plus. J’ouvre ma porte à tout le monde, mais je ne peux pas supporter la souffrance des enfants. Avez-vous déjà entendu la parabole de cette pauvre femme qui tournait de l’eau dans une marmite pour faire croire à ses enfants qu’il y aurait à manger en espérant qu’ils s’endorment? Le peu de chaleur que l’on peut apporter à ces enfants vaut à mes yeux tous les trésors de ce monde…». Le coût de cette générosité? L’hôtelier y réfléchit à peine. «C’est Mozart qui paie la note…».
Mustafa ER
Posted on janvier 27th, 2010 par Redaction - Vlam, Bruxelles
La générosité est ancrée dans le patrimoine génétique d’Ahmed Ben Abderrahman, élu Bruxellois de l’année, dans la catégorie sociale. Animé d’une foi profonde, il accueille dans son hôtel les sans-abri pour leur offrir un peu de réconfort.18h. A deux pas de la Grand’Place, la rue Marché aux Fromages, d’ordinaire si agitée avec les vendeurs de pitas, est quasi déserte. Seuls quelques touristes, qui semblent un peu perdus, bravent le froid polaire. Lorsqu’on pénètre dans l’hôtel Mozart, le changement est radical. Décoré de manière très originale en mariant le style français classique aux motifs orientaux, l’établissement trois étoiles dégage une chaleur reposante. A la réception, le patron Ahmed Ben Abderrahman campe, souriant, devant un portrait immense de son compositeur préféré. «Je joue moi-même du piano. La musique est ma passion». Originaire du Maroc, il a fait le tour du monde avant de s’établir définitivement en Belgique dans les années 70. «Depuis lors, je travaille à la rue des Pitas. J’ai commencé par un resto. Puis, il y a 16 ans, j’ai racheté cet hôtel. J’ai bossé dur pour y parvenir».
30 à 70 SDF par nuitLa saison hivernale est plutôt creuse pour le tourisme bruxellois. Pourtant, l’hôtel Mozart ne désemplit pas, mais d’une clientèle un peu particulière… Au compte-goutte, des SDF débarquent à la réception et demandent au patron s’il peut les héberger ce soir. Sans leur demander de l’argent ou même une pièce d’identité, Ahmed tend la clé d’une chambre à ses «clients» qui se confondent en remerciements. «Cela fait 16 ans que j’accueille des sans-abri», explique l’hôtelier. «Depuis l’an dernier, je fais cela de manière plus régulière et systématique. Tout a commencé alors que je regardais les infos à la télé avec mon fils Younes, lorsqu’on a appris qu’un sans-abri était mort de froid. Mon fils m’a dit: «Papa, il faut que tu fasses quelque chose». Dès le lendemain, je me suis rendu à la gare du Midi pour proposer aux SDF de loger à l’hôtel. Il y a de place: de mi-décembre à mi-février, c’est une période creuse. De toute façon, le personnel est sur place et les charges sont stables. C’est triste de voir des chambres vides alors que des gens dorment dehors. Pourquoi ne pas faire profiter des malheureux?». Le bouche-à-oreille a fait le reste. Aujourd’hui, ce sont les sans-abri, eux-mêmes, qui viennent demander un hébergement. Selon les nuits, 30 à 70 personnes logent gratuitement dans son hôtel. Certains restent quelques jours. D’autres séjournent plusieurs mois. «Je leur offre également à manger le matin et le soir», poursuit Ahmed Ben Abderrahman. «Je ne raconte pas cela pour me vanter, mais pour que d’autres personnes prennent exemple. Je crois que la générosité existe chez beaucoup de gens et ne demande qu’à s’exprimer, mais souvent, ils ne savent pas comment agir. Même le Roi ouvre les portes de sa maison!». La cohabitation des touristes et des sans abri ne posent aucun problème. «Pourquoi cela devrait les gêner?», s’interroge l’hôtelier. «Après avoir pris un bon bain, ils sont propres et ne dérangent personne. Ils se comportent très bien. La seule condition pour rester à l’hôtel est de ne pas boire d’alcool. Au bout de quelques semaines, ils sont métamorphosés. Leur visage retrouve des couleurs. Ils se refont une santé. Je leur parle, leur donne parfois des conseils sans jamais les juger». Paradis sous les pieds des mèresParmi ces SDF, il y a des mamans avec des enfants. «C’est sans doute ce qui me bouleverse le plus. J’ouvre ma porte à tout le monde, mais je ne peux pas supporter la souffrance des enfants. Avez-vous déjà entendu la parabole de cette pauvre femme qui tournait de l’eau dans une marmite pour faire croire à ses enfants qu’il y aurait à manger en espérant qu’ils s’endorment? Le peu de chaleur que l’on peut apporter à ces enfants vaut à mes yeux tous les trésors de ce monde…». Le coût de cette générosité? L’hôtelier y réfléchit à peine. «C’est Mozart qui paie la note…».
Mustafa ER
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